Journal d'un chirurgien en 1792

 

Document CANTIN (Archives privées)

François CANTIN, chirurgien

Le document respecte au mieux la forme l’orthographe et la grammaire utilisés par François CANTIN.

Journal commencé le 5 juin 1793 et qui date du 22 juin 1792, d’après différentes petites notes que j’ai prise.

Le vendredi 22 juin 1792, j’ai parti de Nantes avec Jean Baptiste CHAMBARD (*1) , capitaine du navire L’Hirondelle, armateur Monsieur COIRON fils, pour nous rendre à bord de notre navire mouillé en rade au Pellerin. Deux heures après notre arrivée nous avons levé l’ancre et appareillé pour descendre à Paimboeuf et de suite à Mindin. Nous avons appareillé de cet endroit le lundi 9 juillet vers les 5 heures du matin avec assez beau temps qui dura toute la journée , mais le lendemain nous avons eu des vents contraires qui  nous tinrent à louvoyer dans le golfe de Gascogne pendant environ 12 jours avec une fort (dur).

(*1) CHAMBARD et COIRON sont bien répertoriés dans le recueil des Archives Nationales «  Encouragement au commerce colonial 1791-1793 F12/1653 et 1654-1655)

Coiron fils, négociant à Nantes, pour l’Hirondelle, capitaine Chambard (départ en juin 1792 pour la côte d’Angola pour faire la traite).

Après avoir été ainsi contraire, les bons vents vinrent enfin et nous dédommagèrent du temps perdu, en nous poussant grand train vers notre destination.

Le dimanche 12 aout à midi nous observâmes 8 degrés 21 m de latitude nord ce qui nous mettait par 19 degrés 57 m de longitude occidentale méridien de Paris.

Le lendemain 13 vers 8 heures du matin, nous nous estimions par 7 degrés 20 de latitude nord et 19 degrés 25 m à la longitude ayant  (passage barré).

Ayant passé quoique l’horizon était chargé de nuage, un grain qui ne paraissant grand-chose, on n’y fit pas attention, le navire était sous toutes les voiles possibles.

Il est venu un coup de vent des plus violent qui nous ayant surpris toutes voiles dehors, le navire n’a pu soutenir contre la force du vent et il s’est engagé et a chaviré de suite, sans que nous ayons pu avoir le temps de faire aucune manœuvre, ni amené aucune voile. Le navire sitôt perdit son équilibre qu’il nous fut impossible en l’empêcher de se perdre une partie de l’équipage se trouva à la mer, et l’autre sur le côté du navire, ceux-ci aidèrent aux autres à se réunir avec eux pour voir ce qu’on pourrait à venir.

D’abord l’effroi, et la consternation se peignirent dans nos âmes à la vue du spectacle aussi effroyable, mais bientôt la raison et notre courage triomphèrent des premières impressions et nous nous mimes en devoir d’essayer à pouvoir nous sauver soit sur un raz d’eau, ou autrement, mais la mer déjà couverte de nos débris qu’elle entrainait au loin semblait nous enlever l’espoir.

Il nous ne nous  restait pour renouer le canot qui n’était pas facile à avoir étant bien serré sur le pont comme d’usage, et le navire presque déjà au niveau de l’eau augmentait encore la difficulté. Enfin nous ne pûmes l’avoir qu’avec l’aide d’un nommé Etienne LEGRAND, maître d’équipage qui fut obligé de plonger plusieurs fois un couteau à la main pour couper les saisies, et ne put en venir à bout qu’avec beaucoup de peine et en répétant plusieurs fois cette opération.

Sitôt qu’il fut dégagé il parut sur l’eau la quille en l’air, il allait être entrainé au loin par la mer si nous ne nous étions jeté après pour tâcher de l’entrainer, sous le vent du navire afin de pouvoir mieux réussir à le tourner, le vider, ce à quoi nous avions bien de la peine à réussir, sitôt que nous eûmes fini, nous nous jetâmes tous dedans à l’exception du Sieur Jacques COUSIN, second capitaine et porteur d’expédition du Sieur Jean Baptiste CHAMBARD qui ne parut pas du tout, il se sera trouvé engagé dans la chambre où il y était  lorsque le navire a chaviré, nous essayâmes à pouvoir l’avoir, mais ce fut en vain.

Ne pouvant plus soutenir sur le côté du navire qui nous manquait sous les pieds et par la mer qui nous séparait, ne pouvant nous tenir qu’à l’aide de cordages que nous pouvions attraper étant jeté de côté et de l’autre et meurtris de toute parts dont ai manqué d’avoir la tête terrassée par deux pièces de bois, nous nous jetâmes donc dans notre canot dix-neuf hommes n’étant que 20 d’équipage en partant de France.

Nous voyant sans vivre dans notre embarcation nous voulames essayer à nous en procurer, surtout de l’eau, que nous croyons pouvoir avoir le moins difficilement croyant pouvoir en rencontrer une barrique dont la mer nous en avait enlevé plusieurs, mais toutes recherches furent inutiles , nous pûmes sauver ni eau, ni pain, ni légumes en un mot aucune espérance de subsistance, ni effet d’habillement que ce que nous avions sur le corps consistant en une chemise, un pantalon la plupart n’ayant ni chapeau ni soulier.

Nous ne pûmes sauver que six avirons bons et mauvais deux bonnettes de hunes, un mat du canot, et un mauvais compas qui ne peut nous servir, nous sauvâmes le gouvernail du canot quatre fois et quatre fois la mer l’enleva.

Voyant qu’il nous était impossible de pouvoir sauver autre chose, ni de rester autour du navire, puisque tout espoir était perdu. Nous nous décidâmes à faire route vers l’est n’espérant trouver la terre que dans cette partie-là que nous ne pouvions qu’apa.. connaître du levant, du soleil à son coucher, mais la nuit venant toujours trop tôt et ne passant pas assez vite, était des plus sombre. Le temps presque toujours couvert et par grain, rendait la mer grosse et paraissait toute en feu autour de nous et semblait à chaque instant nous annoncer notre dernière heure, nous pouvions à peine fournir à jeter l’eau dont la mer nous couvrait sur le corps.

Comment savoir dans des moments si horribles, si nous allions en route  ou si nous retournions sur nos pas, ne voyant pas de lune et rarement des étoiles. Il n’y avait que le point du jour et le lever du soleil qui nous indiquaient si nous étions dans notre route et calmaient un peu les inquiétudes dans lesquelles nous avait jeté la nuit. Heureusement que les vents paraissaient se tenir continuellement dans la partie de l’ouest, ils ne pouvaient par conséquent que nous jeter à terre.

Nous nous flattions de l’espoir de rencontrer quelques navires qui aurait pu nous sauver, mais nous ne vîmes pas un. Enfin nous restâmes dans cet état effroyable.

Depuis le lundi 13, 8 heures et demie du matin jusqu’au dimanche suivant 19 vers le soleil couchant que nous fîmes cote près le village de Chibare à l’entrée de la rivière de Scherbro (*2) ou de Madebombe. Les naturels du pays nous aidèrent à nous sauver car sans eux la plupart ne nous auraient pu le faire par l’extrême fatigue où nous étions, dont plusieurs tombaient à terre, sans pouvoir se relever, ils nous conduisirent à leur village et nous donnèrent un peu de riz moitié cuit et de l’eau.

(*2) Il s’agit du fleuve Bonthe Sherbro situé au sud du Sierra Leone

Nous vîmes la terre le samedi 18 un peu après le soleil levé, notre premier sentiment s’exprima par un cri de joie accompagné de pleurs que le plaisir inexprimable nous fit répandre, comptant pouvoir nous procurer des vivres, mais quand nous en fumes assez près pour pouvoir nous y jeter de suite pour pouvoir nous procurer des vivres, mais quand nous en fumes assez près pour pouvoir bien distinguer l’endroit nous le reconnûmes ( le capitaine et moi surtout ayant déjà fait ces voyages-là ensemble, pour être habité par des anthropophages, ce qui est connu des marins qui ont voyagés dans cette partie-là, voyant notre perte assurée, si nous étions jetés à terre, nous nous armames de courage et prime encore la mer en nous éloignant un peu de la terre, étant persuadés que nous trouverions un endroit plus favorable ou quelques navires, après un instant en réflexion nous nous décidâmes à courir vers le nord ou ce que l’on appelle le haut de la côte, persuadés que nous trouverions plutôt de ce côté la garde de l’autre, nous courames toute la journée, sans rien voir, que quelques noirs nus.

Sur le rivage et quelques cases çà et là qui nous annonçait assez ce que je viens de dire plus haut, nous fumes donc forcés à passer encore une nuit, sur l’eau quoique la mer fut grosse et fort dure, craignant que la lame ne nous eut jetés à terre malgré nous, ce qui augmentait encore notre inquiétude nous fumes rapporté à cela obligé de prendre le large d’avantage et ce courir comme cela toute la nuit, la mer nous écraserait et nous faisait parfois regretter de ne pas nous être jetés à terre, comptant à chaque instant voir notre fin.

Cette cruelle nuit finit de nous jeter dans le plus grand accablement. Enfin le soir vers les cinq ou six heures nous vîmes des noirs habillés avec chemises et culottes, ce qui nous indiquait qu’ils faisaient commerce avec les blancs, et que nous pouvions nous jeter à terre en toute sureté. Comme la mer est fort grosse à terre et que nous nous ne put nous sauver sans eux nous leur fîmes signe de venir nous aider ce qu’ils firent avec beaucoup d’empressement une partie de nous tombait de faiblesse et l’autre pouvait à peine se soutenir nous arrivâmes dons à leur village ou nous primes un peu de subsistance.

 Ensuite ils nous firent du feu pour nous sécher, le sommeil qui nous tourmentait depuis longtemps s’empara bientôt de nous, et nous nous y livrâmes sans aucune crainte quoique entourés de naturels du pays, il est vrai que notre triste position ne devait pas nous faire craindre d’être pillés puisque nous n’avions rien qu’une chemise et une culotte la plupart sans soulier et sans chapeau, quelques un ayant un mouchoir au cou se le mirent sur la tête et pendant notre sommeil les nègres nous les volèrent.

Le lendemain nous nous plaignions au chef, mais comme ils sont tous naturellement voleurs, nous ne pûmes rien obtenir. Vers les 10  heures du matin du lundi 20, le chef nous dit qu’il fallait lui payer les vivres que nous lui avions mangés, notre surprise fut plus grande de nous voir faire une pareille demande nous craignions qu’ils nous laissent emmener dans l’intérieur des terres pour nous vendre comme captifs, nous ne pouvions que leurs offrir nos chemises nos culottes, voyant que nous n’avions rien à donner ils nous dirent qu’il y avait un blanc anglais qui habitait une petite ile en remontant la rivière de Scherbro, et qu’il fallait qu’un de nous allât chez lui pour lui demander de quoi les payer, il n’y avait que notre capitaine qui savait parler anglais, il fut donc obligé d’aller, les noirs le firent embarquer vers les 11 heures ou midi dans une de leur pirogue, et le conduisirent chez le blanc anglais, qui après avoir entendu notre capitaine prit part à notre position, lui donna ce qu’il demandait pour payer notre triste pension, et lui dit de nous emmener tous chez lui, pendant le voyage de notre capitaine  nous tous au village de de Chibare, les noirs furent chercher notre canot qui était sur le rivage éloigné d’environ 3 lieux à ce que nous dirent deux de nos hommes qu’ils emmenèrent une espèce de ruse qu’ils eurent bien de la peine à laisser revenir

Notre capitaine arriva le lendemain mardi 21 vers les 2 heures avec une pirogue de l’anglais pour nous emmener chez lui, nous demandâmes notre canot et nos deux hommes qu’ils avaient emmené , ils nous dirent que nos hommes allaient venir et qu’ils gardaient notre canot disant que s’était la loi de leur pays de s’emparer de toutes les embarcations qui font côte chez eux sans avoir égard à la position de ceux qui sont dedans, cependant notre capitaine leur avait apporté ce qu’ils avaient demandés.

Enfin toutes réclamations furent inutiles, nos deux hommes arrivèrent et comme avec et forcé de céder au plus fort et qu’il est même prudent quelquefois de ne pas trop crier dans la crainte d’avoir pis qu’il était notre position, nous fumes obligés de partir sans notre canot, nous arrivâmes chez l’anglais vers les 9 heures du soir, il nous reçut on ne peut mieux et nous fit donner des vivres de suite puis nous donna des nattes pour nous coucher.

Le lendemain mercredi 22, le capitaine fit un procès-verbal que nous signasses tous ainsi, que le Sieur CRANDALL et un autre anglais qui était avec lui, ils habitaient l’ile d’Ypre, dans la rivière de Scherbro ou de Madrebombe.

Le jeudi 23 le Sieur CRANDALL nous fit partir pour aller à 10 lieux plus haut dans la rivière à bord du navire La Patriote (*) du Havre de Grâce, Capitaine Monsieur PIENOEL, mouillé devant le village de Jinquine, situé sur une ile du même nom, de l’autre côté au nord de la rivière est la grande terre continuant d’Afrique.

Le nom de ce village se nomme le Doux, on dit qu’il a près de cent ans, nous arrivâmes à bord du navire La Patriote le même jour vers le 8 à 9 heures du soir on nous reçut comme l’humanité l’exigeait.

Il y avait plus d’un an que ce navire était sur la côte, il se trouvait rapport à cela à court de vivres, en conséquence il ne put nous prendre que 10 à son bord. Les 9 autres s’embarquèrent dans un petit caboteur qui était là et qui allait aux iles de l’Or, éloigné de 40 à 50 lieux où il y avait le navire La Seine de Honfleur, capitaine Monsieur de L’ISLE à bord duquel les 9 autres furent aussi bien reçu s’était nommés :

René LEMAÎTRE, enseigne, Julien GENÉ, contre maître, GIGOUIE, matelot, René PERIGOT, matelot, Jean POLICARPE, matelot, Alain LENOÉ, matelot, Alexandre BOISDRON, matelot, Jean GODEAU, novice, Jean RAETTE, mousse novice.

Ils reçurent les soins qui leur convenait nous nous perdîmes de vue du moment de notre séparation quelques temps après nous apprîmes que le nommé Julien GENÉ, contre maître était mort.

Nous étions à bord de La Patriote, capitaine PIÉNOEL, qui n’avait pu nous prendre que 10 dont voici les noms :

Jean Baptiste CHAMBARD, capitaine

François CANTIN, chirurgien

Jean Philippe CHAMBARD, lieutenant

Etienne LE GRAND, maître d’équipage, Stanislas CHAMBARD, pilotin

Antoine BONAIRE, cuisinier

François CHAMBARD, pilotin,

Pierre LIBEAU, maître charpentier

Jacques BERANGER, maître tonnelier

Jean Jacques COUTAN, mousse.

Quelques jours après notre arrivée nous tombâmes tous malades et le nommé Antoine BONAIRE, cuisinier est mort d’une fièvre maligne. Le 14 septembre suivant nous comptions que ce navire allait bientôt partir pour l’Amérique et de nous procurer un embarquement pour France, mais il en était bien éloigné par les mauvaises affaires que faisait le capitaine. Il était même exposé à ce que son navire fut enlevé par les noirs pour qui il avait de mauvais procédés, il s’en plaignait tout haut, voyant cela nous prime le parti de le quitter pour voir si nous ne pourrions pas en quelque endroit et chercher les moyens de retourner en notre patrie .

Nous quittâmes le navire La Patriote (*3) capitaine PIENOEL, le samedi 10 novembre pour aller à bord de la goélette ( écrit gouellette)  de Monsieur de L’ISLE capitaine du navire La Seine, qui descendait avec sa goélette le haut de la rivière de Scherbro d’où il venait de prendre des captifs pour les emmener à bord de son navire qui était mouillé aux iles de Los, nous appareillâmes de la rivière le dimanche matin 11 vers le 8 heures, nous n’étions que 9 sur la goélette, Jean Philippe CHAMBARD était resté à bord de La Patriote en qualité de second capitaine.

(*3) Un navire Le Patriote est répertorié et cité à travers le journal de bord d’un navire négrier bordelais

10 avril 1789-17 février 1791. Inv : D.80.2.49 Dépôt de la Société Archéologique de Bordeaux

Nous remontâmes le long de la côte et cherchions la rivière de Serrelionne (Sierra Leone), nous y arrivâmes le jeudi 15, et nous mouillâmes vers les 10 heures du soir dans la rade de Gambia, devant une ile du même nom. Sur le bord de laquelle habitait un blanc français nommé RENAUD, établi depuis quelques temps et y faisait le  commerce de noirs ayant avec lui plusieurs autres français ouvriers qu’il employait et nourrissait à ses frais.

 Le vendredi 16 le matin, nous descendîmes  à terre et fumes le prier de nous recevoir, ce qu’il fait avec plaisir par ces temps après être arrivés chez le Sieur RENAUD, nous retombâmes encore tous malades par l’ennuis la misère et l’inquiétude de ne pouvoir nous procurer les moyens de nous en retourner en France. Vers la fin de décembre, notre capitaine nous quitta pour aller voir ce que devenait son frère qui était resté sur le navire La Patriote en qualité de second capitaine, et chercher de concert avec lui les moyens de pouvoir nous tirer de cette affreuse misère et de quitter un pays qui est extrêmement malsain pour les blancs.

Le premier janvier 1793 il entra dans la soirée un navire du Havre, nommé La Révolution commandé par le Sieur MILET ayant cent et quelques noirs à son bord, il relâchait pour faire de l’eau et pour partir de suite pour La Martinique, nous le priâmes de nous prendre à son bord, il nous refusa disant qu’il n’avait pas de vivre, ce qu’il avait pu facilement se procurer en vendant un ou deux noirs, mais n’ayant pas envie d’obliger il ne voulut prendre que moi, en qualité de chirurgien, parce qu’il avait perdu le sien.

Je m’embarquai donc seul sur le navire pouvant à peine mettre un pied l’un devant l’autre, nous partîmes de la rade de Gambia rivière de Sierra Leone le samedi 5 janvier 1793 vers les 2 heures du matin, et nous fîmes la route pour les iles du vent avec beau temps.

Le samedi 9 février 1793, nous mouillâmes devant Saint Pierre de La Martinique ayant perdu 5 noirs, dans la traversée qui fut très heureuse quoi que nous manquant de chavirer plusieurs fois.

Le samedi 25 février, je quittai le navire La Révolution pour m’embarquer sur le navire Le Martiniquais de Nantes, capitaine Monsieur GIRAUD, armateur, Monsieur LOGNÉ, qui allait à La Guadeloupe, nous appareillâmes le même jour et nous mouillâmes à la Pointe à Pitre, le mercredi 27 vers les 5 heures du soir, il vint plusieurs nantais nous voir, je n’en connus qu’un nommé NEIMBEAU que j’avais vu plusieurs fois à Nantes, sans être très bien ensemble il m’offrit ses services  et sa bourse, je le remerciai en acceptant son offre, il me dit que le Sieur GAUFRAND qui devait être notre correspondant et à qui j’étais recommandé par Monsieur CHAUROIS (*4), beau-père de mon cousin CANTIN à Nantes, attendait notre navire, je lui appris qu’il l’attendait inutilement. Je ne pu descendre les premiers jours à terre parce que j’étais trop fatigué et que j’ignorais être recommandé au Sieur GAUFRAND, ce dont j’avais grand besoin dans la position où je me trouvais et j’étais aussi recommandé à une mulâtresse du Sieur CHAUROS, mais je l’ignorais encore, et ce fut elle qui après l’avoir trouvée par hasard au bout d’un mois  de mon arrivée, qui eut la plus d’attention pour moi.

(*4) Il s’agit du capitaine Jean Pierre CHAUROIS, originaire de l’ile d’Yeux, issu d’une famille de capitaines de navires rompues au commerce international maritime. Sa fille Adélaïde Marguerite CHAUROIS (1770-1750) qui épousa en 1792 Jean CANTIN (1752-1828) , Maître chirurgien, officier de la municipalité de Nantes, Directeur de l’Hôtel Dieu, cousin de François CANTIN

Le samedi 2 mars je descendis à terre et pris une chambre dans laquelle les Sieurs CHAIX et PATRON me mirent un petit lit de sangle et un matelas, je mangeais tantôt chez eux, tantôt au magasin  de Monsieur GIRAUD, avec LOGNÉ jeune et chez Monsieur GAUFRAN( *5) , chez qui je fut au bout de quelques jours, et m’offris une chambre et sa table, mais comme j’étais malade et très mal propre je le remerciai, et n’acceptai qu’un dîner que j’allais prendre de temps en temps. Au bout d’un mois ou environ, le hasard me fit découvrir la ménagère du Sieur CHAUROIS qui me força à quitter ma chambre pour en prendre une chez elle.

(*5) Une famille GAUFRAN ou GOFFRAND, négociants armateurs est citée à Nantes

Là elle le donna tous les soins qui étaient en son pouvoir, et ne voulait pas me laisser partir que je n’eusse été parfaitement rétabli, mais voyant que je ne pouvais le faire qu’en retournant en France, je cherchai les moyens de le faire. Je m’adressais au capitaine BICHON aîné qui commandait un navire pour Nantes et qui partait sous peu de jours. Je lui comptai ma triste position et lui témoignai l’envie que j’avais de voir ma famille à Nantes, je le priai, si je ne le gênais point de me donner passage à son bord, il me refusa je fus donc obligé de chercher ailleurs, je trouvai un bordelais qui se dirait prêt à partir sous huit à quinze jours, il lui manquait un chirurgien, et me prit en cette qualité. Au bout des quinze jours je vis qu’il était aussi avancé que le premier en conséquence j’en cherchai un autre. Enfin, je trouvai le courrier du Sieur MERCIER,  Nantes, capitaine Monsieur MONCOUSU, armateur, Monsieur COURTOIS et LE RAY.

Je m’adressais au Sieur MONCOUSU qui me reçut avec la plus grande honnêteté et m’accorda passage sur son navire qui fut conduit en France par le Sieur RENOUST, second capitaine, le Sieur MONCOUSU, resta à la Pointe à Pitre pour recueillir des fonds.

Le mardi 9 avril 1793, je me rendis à bord du navire. Le courrier de Saint Marc dans l’après midi et nous appareillâmes le soir, de la Pointe à Pitre, vers les 6 heures, nous mouillâmes à la Basse Terre le lendemain 10 vers les 4 à 5 heures, et nous partîmes le même jour vers les 6 à 7 heures du soir, faisant route pour France, quoi qu’on nous disait que nous étions en guerre, nous n’avions point de canons, et à peine un fusil en état de faire feu. Le hasard nous favorisa, nous vîmes plusieurs navires en (..) dont un parut nous chasser toute une matinée, mais il ne pu nous attraper. A environ 200 lieux de France, nous trouvâmes un corsaire qui sortait de Saint Malo, il vint à bord nous visiter et nous confirma la guerre, et nous dit de prendre garde à nous, aux attirages de Belle Ile, nous trouvâmes une douzaine de vaisseaux et quelques frégates, dont une vint aussi nous visiter.

Enfin nous moullâmes à Paimboeuf le lundi 3 juin vers midi ou une heure. Je partis le même jour pour Nantes à 8 heures, et j’y arrivai le lendemain mardi 4 du matin, j’étais encore malade, presque nu, sans un sol et des dettes.

Le 17 juin, suivant, il fut formé une légion de jeunes gens de Nantes, dans lequel corps je fus reçu chirurgien.

Le 20 juin, la légion se trouva dans une affaire contre les brigands à La Louay (*6), où elle à beaucoup souffert. Le commandant COUELIER à été tué, et le citoyen adjudant major.

Quelques temps après le citoyen AINÉ fut nommé commandant. Le corps se trouva divisé à différentes portes, le jour de la Saint Pierre. Le 29 juin elle à eu ensuite, plusieurs autres affaires, une entre autres dans les marais de Saint Julien en Haute et Basse Goulaine, où nous eûmes une vingtaine de blessés et un tué par un boulet, un nommé BONTEMPS. Ensuite elle a été cantonnée quelques temps au Château d’eau (Château d’Aux *7), et en fut partie le mercredi 6 novembre vieux style, ou le 16 brumaire, pour aller au Croisic, nous y sommes arrivé le 17 brumaire . Elle était forte alors d’environ 500 hommes.

(*6) La Louée à Haute Goulaine

(*7) Un an plus tard le 2 et 3 avril 1794 le château d’Aux fut le lieu d’un massacre au cours de la terreur. Après un jugement sommaire 209 personnes habitants de Saint Jean de Boiseau (La Montagne) furent passés par les armes ?

J’ai parti du Croisic pour Nantes le 24 brumaire et y suis arrivé le 22 à 7 heures du matin, j’en suis parti pour rejoindre au Croisic le 30 suivant et suis arrivé le premier frimaire.

J’ai parti du Croisic le 15 frimaire, pour aller à Nantes et y suis arrivé le 16 à 8 heures du matin, j’ai reparti le 27 pour Le Croisic et y suis arrivé le 28 à 8 heures du soir.

J’ai parti pour Nantes le 23 pluviôse 2ème année de la République, et y suis arrivé le même jour à 9 heures du soir, j’en suis reparti pour Le Croisic le 2 ventôse et y suis arrivée le 5 à 5 heures du soir.

J’ai parti du Croisic pour Nantes le 25 ventôse à 7 heures du matin, dans un chasse-marée et y suis arrivé le lendemain 26 à 8 heures du matin, j’en suis reparti pour Le Croisic le 2 germinal à 9 heures du matin, et suis arrivé le 3 à 4 heures du soir.

J’ai parti du Croisic le 6 messidor à 8 heures et demie du matin, et suis arrivé à Nantes le 7 à 6 heures du matin.

La légion venait d’y arriver (venant d’Oudon) pour prendre un complément de réquisition de 800 hommes du Berry. Ils partirent de Nantes pour Ancenis, le lendemain 8. J’ai resté à Nantes avec le commandant, nous en sommes parti le 16 suivant à 4 heures du soir, et sommes arrivés à Ancenis à 8 heures.

J’ai parti d’Ancenis le 14 thermidor à midi et suis arrivé à 4 heures à Nantes, j’en suis reparti le 16 et sommes arrivés à Ancenis vers les 6 heures du soir, en tout 8 parcours.

J’ai parti d’Ancenis le 14 fructidor à 8 heures et demie du matin et suis arrivé à midi à Nantes, j’en suis reparti pour Ancenis le 25 suivant à 11 heures du matin et j’y suis arrivé à 3 heure de l’après-midi.

J’ai parti d’Ancenis le 5 vendémiaire 3ème année de la République, à 11 heures du matin pour Nantes, et y suis arrivé à 4 heures, j’en suis reparti le 9 à 1 heure et suis arrivé à Ancenis à 5 heures du soir.

Le bataillon est parti d’Ancenis le 23 vendémiaire à 3 heures du matin, j’ai parti à 10 heures et ai joint le bataillon à une demi-lieu de Nantes, nous y sommes tous entrés à 2 heures de l’après-midi.

Le 25 le bataillon est parti pour aller en garnison au Croisic, il s’est rendu le même jour à Savenay où il a couché. Le Commandant et moi sommes restés à Nantes. Le bataillon fut couché le 26 à Port Nazaire, et le 27 au Croisic.

J’ai parti seul de Nantes pour rejoindre le 10 brumaire à 9 heures et demie du matin, j’ai arrivé Port Nazaire où j’ai couché à 6 heures du soir. J’y ai trouvé la un de nos détachements, j’ai parti le lendemain matin 11, à 10 heures, et suis arrivé au Croisic à 2 heures après midi, où je trouvai tous mes camarades.

J’ai parti du Croisic avec BERNEVAL, le 5 ventôse 3ème année de la République à 11 heures du matin, et sommes allés coucher à Donges. Le lendemain matin 6, nous avons passé Paimboeuf et nous sommes mis dans une barge qui à parti à 2 heures après midi, nous n’avons pu aller coucher qu’à Couëron, nous en sommes partis le lendemain matin à 7 à 8 heures, et sommes arrivés à Nantes à midi, nous sommes parti de Nantes le 13 à 9 heures du matin et sommes arrivés à Port Nazaire à 6 heures du soir, nous avons trouvé là, le commandant et une partie du bataillon qui allait du côté de Nozay, et de Châteaubriant. Ils sont partis le lendemain matin 14 vers les 6 heures par la route de Savenay, et BERNEVAL et moi, nous sommes allés rejoindre le déport que le commandant avait laissé à Guérande, nous y sommes arrivés le soir à 6 heures.

Le 15 ventôse je fus couché au Croisic et j’en parti le 18 pour demeurer à Guérande, il y avait là environ 200 hommes commandés par BOUDET (*8), et plusieurs détachements à Port Nazaire, à Beaulieu , qui formaient environ 200 hommes, ce qui faisait le total à 400 hommes.

J’ai parti pour Nantes pour le Croisic dans un Chasse-marée avec le commandant DUBOCHET, fils aîné.

(*8) Il semblerait que cela soit Etienne BOUDET (1761-1828) qui servit dans les armées républicaines

Le 2 floréal, à 4 heures du matin, et sommes arrivés à Nantes le 3 à 8 heures du soir, nous en sommes repartis  le 11 à 10 heures du matin, dans le même chasse-marée, et sommes arrivés au Croisic le 14 à 5 heures du soir, j’y ai couché et le lendemain 15 j’ai été à Guérande.

Le 3 prairial, tous le déport est parti ainsi que le divers détachements pour aller à Rennes rejoindre le drapeau, et le reste du bataillon, nous sommes partis de Guérande à 4 heures, BOUDET et moi, à cheval, nous avons attrapé nos camarades à un quart de lieu de La Roche Sauveur, ils accompagnaient les bagages de tout le bataillon, nous sommes arrivés à La Roche Sauveur à 8 heures du soir, et en sommes partis le lendemain matin à 4, à 4 heures, nous sommes arrivés, à Redon, à 2 heures de l’après-midi. Nous en sommes repartis le lendemain 5 à 2 heures du matin, et sommes arrivés à Lohéac à midi, nous en sommes repartis le 6 à 1 heure du matin et sommes arrivés à Rennes à midi.

Là nous avons trouvé tous nos camarades qui étaient arrivés de Châteaubriant depuis 3 jours.

Dans la nuit du 6 au 7,il est parti 200 hommes de notre bataillon dont les carabiniers faisaient parti avec une compagnie de grenadiers d’un autre bataillon pour aller à Cherbourg conduire 7 chefs chouans qui avaient été arrêtés dans la journée du 6, c’était CORMATIN (*9) et 6 autres dont je ne sais pas le nom.

(*9) (Il s’agit de Pierre DEZOTEUX de CORMATIN (1753-1812) qui se rallia à la révolution française, mais suite en 1792, il émigre en Angleterre, où il sera mal accueillit parmi la communauté d’émigrés, lui reprochant son passé révolutionnaire. En 1793 il rentre en France pour se lier avec les chouans en tant que major général des armées catholiques et royales de Bretagne en 1794, sous les ordres de Joseph de PUYSAIE.

Officiellement nommé négociateur avec les autorités républicaines il sera arrêté chez le député BOLLET, puis emprisonné au château de Ham jusqu’en 1802.

Le 6 messidor à 8 heures du matin, le bataillon est parti de Rennes pour aller faire la garnison de Fougères  est à 10 lieux dans le Nord Est de Rennes. Je suis resté avec DUBERN qui commandait les 80 hommes, j’allais aller rejoindre le bataillon au premier jour, mais il partit de Fougères le 12 et arriva à Rennes le 13, pour repartir le lendemain 14, pour aller au camp devant Quiberon(*10), où ont descendu mes émigrés, tous les bagages du bataillon sont restés à Rennes avec environs 100 hommes, DUBERN et moi.

(*10) En juin 1795 les émigrés royalistes venant d’Angleterre voulant faire jonction avec les forces chouannes débarquèrent à Quiberon. Les troupes commandées par le Général HOCHE repoussèrent l’assaut et les armées royalistes furent défaites.

Le 7 thermidor, j’ai parti de Rennes à 1 heure après midi, j’ai pris la route de Vannes, comptant qu’un  détachement de 50 hommes que commandait DUBERN avait été par-là, il avait au contraire pris la route de Lamballe, j’étais compris dans son détachement et porté sur la feuille de route, ce qui me mit très en peine. Lorsqu’en arrivant à Mordelles, on me dit qu’il n’avait point passé de troupes, et qu’ils devaient avoir pris la route de Lamballe, après bien des réflexions, je me décidai à suivre ma route jusqu’à Plélan, éloigné de Rennes de 7 lieux de pays. Je fus en arrivant faire ma déclaration à la municipalité qui à l’appui de plusieurs témoignages  me firent loger. Le lendemain matin 8 le maire me donna une route que je lui demandai pour Ploërmel, voulant trouver mon bataillon que je croyais à Vannes, ou aux environs.

Je partis donc pour Ploërmel, avec 2 citoyens à cheval qui allaient également à Vannes, nous arrivâmes à Ploërmel vers les 4 heures, on me dit au district où je fus faire voir ma route qu’on attendait mon bataillon le lendemain matin 9, voyant qu’il n’était point arrivé je fus au district demander une route pour Vannes.

Je fus partis avec plusieurs chasseurs à cheval et mes 2 compagnons de voyages. A peine eûmes fait 2 lieux et demi, que nous trouvâmes mon bataillon avec d’autres troupes qui montaient 100 et quelques blessés, j’ai souhaité le bonjour à mes compagnons et ai tourné bride pour suivre mon corps. Nous sommes couchés à Ploërmel le même jour. Le 10 à Plélan, et le 11 à Rennes, nous sommes arrivés vers les 2 heures de l’après-midi.

Le 24 fructidor nous avons parti de Rennes à 8 heures du matin, nous avons couché le premier jour à -. Le second, ou le 26 à- , le troisième ou le 27 sommes arrivés à Nantes vers les 3 à 4 heures, nous y avons resté le 28, et en sommes partis le 29 à 8 heures du soir, nous avons restés campés pour Machecoul (*11), et y avons arrivés à 6 heures du soir, nous avons resté campé quelques jours, et ensuite nous sommes sortis avec une colonne de 6 à 700 hommes et passant par le grand lac et par Legé(*12), nous fûmes jusqu’à Belleville, où nous nous sommes trouvés environs 15 000 hommes de troupes.

(*11) Machecoul fut en mars 1793 le théâtre d’un massacre perpétré par une foule de paysans en colère contre les autorités conventionnelles qui se révoltèrent au sujet de la levée en masse décidé par la Convention. C’est en avril 1793 que l’ordre républicain fut rétabli  Selon les sources 500 à 600  personnes perdirent la vie lors de ces évènements.

(*12) Legé commune au sud de Nantes qui fut le lieu de plusieurs affrontements entres les armées républicaines et royalistes. Le 12 et 13 janvier 1794, des vendéens de tous âges y ont été massacrés par les colonnes infernales de TURREAU. Il est évoqué un nombre de victime allant de 64 à 300 selon le rapport du député Charles Jacques Etienne GILARS-VILLARS.

Nous nous attendions à avoir une affaire avec les brigands, mais nous n’en trouvâmes point. Nous passâmes la nuit là, revinrent par la même route à Machecoul.

Quelques temps après nous nous fîmes encore une sortie et fûmes jusqu’à Legé et au Château du Retail, nous ne rencontrâmes que quelques brigands ça et là, nous passâmes la nuit-là, et revirent à Machecoul.

Enfin après avoir passés 6 jours à La Bernerie et quelques temps au Château d’Aux, et tous les environs, nous sommes partis de cet endroit le 30 brumaire, nous fûmes le soir coucher à Machecoul, le lendemain 1er frimaire, nous fûmes coucher à Beauvoir, et le 2 à Noirmoutier (*13).

Le 20 nivôse, le bataillon partit pour aller aux Sables, à peine y fut-il arrivé, que le Général HOCHE (*14) qui se trouva là, et qui fut étonné de voir le bataillon, lui donna ordre de retourner à Noirmoutier, et il y arriva le 30 au soir, j’était resté avec les dépôts comptant m’en aller par eau.

(*13) En septembre 1793, Noirmoutier fut prise par les armées royalistes commandées par CHARRETTE. En  janvier 1794 les armées républicaines reprennent l’île et s’en suivra des exécutions.

(*14) Lazare HOCHE (1768-1797), général français sous la révolution qui en 1795 et 1796 fut chargé de pacifier l’Ouest de la France, (Vendée et Bretagne), il signa d’ailleurs le traité de La Jaunaye  (Les Sorinières) en 1795.

Le 11 pluviôse le bataillon est parti pour Nantes, je suis encore resté avec le vaguemestre et les effets pour m’en aller avec eux par eau, ou par une plus prompte occasion.

Je suis porté à Noirmoutier le 27 pluviôse dans la chaloupe du capitaine BENOIT, je couchai à Paimboeuf et suis arrivé le 28 ventôse à Nantes les 3 à 4 heures du soir.

Le bataillon était sorti  pour une expédition et rentra le lendemain.

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